L' ethnopsychiatrie

Qu'est-ce que l'Ethnopsychiatrie?

L’ethnopsychiatrie peut se définir comme étant l’étude du rapport entre: un comportement psychopathologique des services thérapeutiques et les cultures d’origine du patient et de son thérapeute. Une telle analyse doit alors reposer sur une série de postulats concernant la culture et la personnalité. Ces choix de départ guideront la façon dont on définira le champ des questions et des problèmes. 

L’ethnopsychiatrie est une méthode d’investigation qui s’efforce de comprendre la dimension ethnique des troubles mentaux et celle, psychiatrique, de la culture. La classification des maladies est différente d’une culture à l’autre. 

L’ethnopsychiatrie "donne un sens culturel à la psychopathologie".

En étudiant les troubles mentaux en fonction des groupes ethniques ou culturels, ainsi que la place qu’ils occupent dans l’équilibre social, l’ethnopsychiatrie nous apprend que chaque collectivité sécrète ses propres modèles de déviance et qu’on est toujours malade par rapport à une société donnée.  

L’ethnopsychiatrie est peut-être aussi ancienne que la médecine elle-même. Les historiens de la médecine la font remonter à Hippocrate, dont le "traité des airs, des eaux et des lieux" contient la description célèbre de la "maladie des Scythes": parmi les barbares nomades des steppes de la Scythie (Russie du sud actuelle), un certain nombre d’hommes devenaient impuissants, se mettaient à parler avec une voix féminine et adoptaient la manière de vivre des femmes. Le vieux médecin Grec ne se contentait pas de décrire cette anomalie, mais cherchait à en expliquer l’origine par les effets du climat humide et brumeux, par l’alimentation et le genre de vie des habitants. 

Qu’est-ce que la culture ?

La culture est l’ensemble des matériaux dans lesquels nous (individus et société) puisons pour élaborer nos expériences. La nature c’est l’expérience, et la culture c’est l’élaboration de cette expérience. Cette élaboration se fait selon une organisation, une structure, un ensemble de règles et de signifiants propres à chaque ethnie. Ces règles et ces signifiants sont à la fois relatifs et universels (une ethnie est un groupe qui partage les mêmes signifiants culturels). Une culture donnée imprègne les individus, et ces derniers transforment leur culture. L’individu doit intérioriser la culture du groupe dans lequel il est né, et s’y tailler une place. Le groupe quant à lui, doit l’intégrer en lui donnant l’exercice d’un rôle, d’une fonction, et transmettre sa culture par l’éducation. 

Personnalité et culture

La culture façonne la personnalité dans son développement "normal" aussi bien que pathologique. Les critères de norme et de pathologie sont définis dans chaque culture: on entend donc par "normal" ce qui est habituel, majoritaire dans la culture donnée. Kroeber et Kluckhohn conçoivent la culture sous ce rapport comme étant essentiellement un "pattern" qui oriente les choix gérés par un groupe d’hommes pour affronter leur environnement. C’est donc l’instrument privilégié par lequel les hommes s’adaptent à leur milieu. Le concept de culture, chez ces auteurs, s’étend aussi bien aux structures symboliques des normes et des idéologies que, à un niveau plus concret et psychologique, à tout un ensemble de comportements appris.

C’est au cours de la petite enfance que la personnalité acquiert les principaux éléments de sa structure de l’état adulte. Une grande importance est accordée au processus de socialisation qui régit cette période. En France, l’ethnopsychiatrie porte l’empreinte de l’école structuraliste, ce qui fait que la définition de la culture diffère de celle de Kroeber. Chez Lévi Strauss, la culture est vue comme un ensemble de systèmes symboliques (langage, art, science, religion...), chacun avec son fonctionnement propre. Nous sommes donc en présence d’éléments incommensurables les uns vis-à-vis des autres.

 

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